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di Jean-Baptiste Harang 
Data di pubblicazione: 06/02/2003

Cinquième roman en deux mouvements par l'auteur de «Soie». 

Le plus court des romans de Baricco, Soie (Albin Michel, 1997), est son plus grand succès, toutes éditions, toutes langues confondues, on compte par millions les exemplaires de Soie qui rôdent par le monde, comme le héros du livre qui courait quatre fois l'an au Japon acheter des vers à soie. Ce ne fut peut-être pas son meilleur livre, allez savoir, mais une sorte de miracle, de perfection du récit et de langage qui mit à la bouche de tant de lecteurs le goût de lire. 
Baricco publia trois autres romans, plus gros, que l'on aima autant et qui ne connurent pas le succès de Soie, mais un autre succès, celui d'une ambition littéraire plus compliquée et les moyens littéraires de la mener à bien : Châteaux de la colère, qui reçut le prix Médicis étranger en 1995, Océan Mer et City. Tous chez Albin Michel et traduits par Françoise Brun. 
City, le titre est resté le même dans toutes langues, on taquina Baricco au prétexte que City sonnait comme seta (soie en italien) et qu'on le soupçonnait d'y voir un filon, il répondit que son prochain livre s'appellerait Sete (la soif) et que tout ira bien dans le meilleur de son monde. Et puis Baricco s'énerva et publia calmement Next, sous-titré «petit livre sur la globalisation et le monde à venir» (Libération du 21 mars 2002), la réunion augmentée de quatre articles parus dans La Repubblica, politiquement pas corrects du tout, intelligents et drôles, qui, après le G8 de Gênes où un jeune homme en uniforme en tua un autre mal rasé, et le 11 septembre de New York, appelaient à réfléchir avant de parler, et à ne pas croire sur parole tout ce qui est donné pour vrai, à appeler les choses par leur nom : la globalisation (mondialisation en français) est une colonisation. Bref, Baricco, le beau jeune homme en jean et polo blanc, celui à qui tout réussit, écrivain adulé, star de télé, musicologue, dénonçait cette soupe où trop de monde avait craché. Un texte salutaire et roboratif. On lui en voulut.

Et lorsque sortit Senza sangue en Italie, le livre fut mal accueilli, Baricco avait changé, qu'avait-il à se mêler de politique ? ou Baricco ne changerait donc jamais, il nous refaisait le coup de Soie, le livre bref aux courtes phrases, l'effet de charme, le côté voyou, gueule d'amour, le magicien de la multiplication des livres, non mais, ça ne marche pas à tous les coups, il y a une justice. Bref, on tenta de faire croire que Baricco était une mode et qu'elle passerait, qu'elle était passée. 

En français, le livre s'appelle Sans sang. C'est un livre d'écrivain, un travail d'écriture sur une histoire, une violence qui n'appelle aucun miracle, loin de Soie qui était construit sur une musique, comme une chanson, couplets et refrain qui entraînaient l'histoire à chaque tour vers son centre comme naguère l'aiguille sur le microsillon. Ici, le texte se collette avec la chair, le sang, la mort, il n'est pas qu'une ligne de mots sous une portée musicale, il tire à vue, tout au moins dans le premier des deux mouvements du livre : nous sommes dans la montagne ou la campagne (on ne citera rien), les noms ont une consonance hispanique, mais le décor trouverait sa place dans n'importe quel désert du monde, endroit perdu près de terres habitées, chargé d'histoire, comme on le dit d'un fusil de poudre. 

Un homme est là réfugié avec ses deux enfants, une Mercedes arrive avec un quarteron de tueurs et leurs raisons, comme s'il fallait des raisons pour tuer, s'il en faut, ils en ont. Entre le western et le polar, le règlement de comptes et l'épuration. C'est le mouvement le plus convenu, avec, justement ses conventions exposées pour qu'on en voie la caricature, la poussière, les coups de feu, le fils audacieux, la petite fille au fond du puits. 
Cette histoire est essentielle, elle permet le deuxième mouvement, celui qui porte l'âme du livre. Cette âme est une femme, plus tard, beaucoup plus tard, cette femme mûre est probablement la petite fille du puits, oui, c'est elle, et ce vieil homme, pas même aveugle, marchand de billets de loterie, ressemble trop à celui de la Mercedes de jadis. Ils parlent autour d'un verre qui n'en finit pas, ils sont dans un livre d'Alessandro Baricco, dans l'invention de sentiments nouveaux, entre l'amour et le pardon, la vengeance et la pitié, la lassitude et la gratitude, la peur et la sérénité, de ces sensations qui n'ont pas encore de noms et que seul un véritable écrivain en deux temps et deux mouvements sait faire naître comme des étincelles au bout des doigts.


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