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  STALKER A TRAVERS LES TERRITOIRES ACTUELS                                                                                          
 

Est une action menée à Rome sur un parcours circulaire de soixante kilomètres entièrement accompli à pieds pendant cinq jours, qui se voulait de souligner l'existence d'un système territorial diffus et de lui attribuer une valeur parmi l'art du parcours.La route de Stalker est partie de la gare désaffecté de Vigna Clara, et ensuite s'est poursuivi à travers les champs, les fleuves, les voies ferrées, dans un espace immédiatement au-delà de la périphérie des années 50. Le long de ce parcours, nous avons campé sur un terrain de football construit par des bohémiens, nous avons dormi au sommet d'une colline où sont tournés des westerns, dans le chantier de construction d'une rocade routière. Des bergers, des pécheurs, des paysans, des immigrés nous ont fait traverser leurs "propriétés", nous indiquant les sentiers, les embûches, les voies d'entrée et de sortie hors ou vers la zone. Il existe en effet presque toujours une sorte de sentier débouchant sur un trou dans un grillage par lequel passer, on peut ensuite traverser des routes, des morceaux de ville pour entrer à nouveau, par un autre trou, dans la mer. Si les pleins du bâti, ou encore les fragments hétérogènes de la ville, peuvent être interprétés comme les îles d'un archipel dont la mer est le vaste vide informe, nous pouvons dire que Stalker en a navigué les différentes mers, indiquant qu'elles peuvent être entièrement traversées sans solution de continuité. Une "forêt" continue constituée à son tour d'autres espaces hétérogènes qui se ramifient et pénètrent dans la ville et forment ainsi un système. Si, en effet, aux parcs et aux grands vides urbains, nous ajoutons toutes les terrains vagues, les marges abandonnées infestés de ronces, on peut observer comment le vide ne cesse de se ramifier à différentes échelles. Ce phénomène est clairement observable dans les aires marginales et les zones périphériques pas encore structurées définitivement mais en continuelle transformation qui rappresentent la ville contemporaine. Il s'agit d'un ville que notre civilisation s'est construite spontanément pour s'autoreprésenter indépendamment des théories des architectes et des urbanistes, des espaces nés et développés en dehors et peut-être contre le projet moderne qui se montre en effet incapable d'en reconnaître les valeurs, et par conséquent d'y accéder.

 

En effet, il ne s'agit pas d'une somme d'espaces résiduels qui attendraient d'être saturés de choses et d'autres, mais plutôt d'être remplis de signifiés. Il ne s'agit pas non plus d'une non-ville à transformer en ville, d'un espace privé de sens auquel en attribuer par une colonisation, mais d'une ville parallèle aux dynamiques et aux structures propres, à l'identité formelle inquiète et palpitante de pluralité, dotée de réseaux de relations, d'habitants, de lieux, et qui doit être comprise avant d'être saturée ou, dans le meilleur des cas, requalifiée.

Employant une métaphore, on peut décrire Stalker comme un voyage dans les combles de la ville, ce lieu où la civilisation entrepose ses rebuts et sa mémoire et où naissent de nouvelles relations, de nouvelles populations et de nouveaux dynamismes en continuelle mutation. Nous estimons que ces territoires doivent être considérés comme les lieux qui plus que tous les autres représentent notre civilisation, son devenir inconscient et pluriel. Nous proposons par conséquent l'art servant de moyen d'accès et de célébration de leur existence, de compréhension de leurs valeurs et de leurs messages. Nous avons choisi le parcours comme la forme d'art qui permet de souligner un lieu en traçant physiquement une ligne, comme une pre-architecture qui s'insinue dans une nouvelle nature. Le fait de traverser, en tant qu'instrument de connaissance phénoménologique et d'interprétation symbolique du territoire, est une forme opérante de lecture et donc de transformation d'un territoire, un projet.

                                                                                       
                                                                                       
                                                                   
        STALKER

Percevoir l'écart, en accomplissant le passage, entre ce qui est sûr, quotidien et ce qui est incertain, à découvrir, génère une sensation de dépaysement, un état d'appréhension qui conduit à une intensification des capacités perceptives ; soudain, l'espace assume un sens; partout, la possibilité d'une découverte, la peur d'une rencontre non désirée ; le regard se fait pénétrant, l'oreille se met à l'écoute.

 

  LES TERRITOIRES ACTUELS

Ils forment le négatif de la ville bâtie, les aires interstitielles et marginales, les espaces abandonnés ou en voie de transformation. Ce sont les lieux de la mémoire réprimée et du devenir inconscient des systèmes urbains, la face obscure de la ville, les espaces du conflit et de la contamination entre organique et inorganique, entre nature et artifice. Ici, la métabolisation des rebuts de l'homme par la nature produit un nouvel horizon de territoires non explorés, mutants et, de fait, vierges, que Stalker a appelés Territoires Actuels, soulignant par le terme actuel le "devenir autre" de ces espaces. "L'actuel n'est pas ce que nous sommes mais plutôt ce que nous devenons, ce que nous sommes en train de devenir, à savoir l'autre, notre devenir autre" (M. Foucault). De tels territoires sont difficilement intelligibles, et par conséquent aptes à faire l'objet de projets, du fait qu'ils sont privés d'une localisation dans le présent et par conséquent étrangers aux langages contemporains. Leur connaissance ne peut être acquise que par expérience directe; les archives de ces expériences sont l'unique forme de cartographie des territoires actuels.

                            PERCEVOIR LE DEVENIR

C'est percevoir le langage inconscient de la mutation, interroger sans prétention à la description et identifier. C'est la transcendance actuelle en tant que perception inexorable de signifiés existant dans un continuel mouvement. "L'objectif est de laisser une trace de notre contact avec cette objet et avec ce spectacle, dans la mesure où ils font vibrer notre regard, virtuellement notre toucher, nos oreilles, notre sens du risque, du destin ou de la liberté. Il s'agit de déposer un témoignage, non plus de fournir des informations".

(Merleau-Ponty)

                  CONTINUITE ET PENETRATION DES TERRITOIRES ACTUELS TRAVERS LA VILLE                  
                ACCEDER AUX TERRITOIRES

Percevoir l'écart, en accomplissant le passage, entre ce qui est sûr, quotidien et ce qui est incertain, à découvrir, génère une sensation de dépaysement, un état d'appréhension qui conduit à une intensification des capacités perceptives ; soudain, l'espace assume un sens; partout, la possibilité d'une découverte, la peur d'une rencontre non désirée; le regard se fait pénétrant, l'oreille se met à l'écoute.

        TRAVERSER

Stalker traverse à pieds les Territoires Actuels

: c'est le seul moyen d'exister sans médiations dans ces lieux, pour participer de leurs dynamiques. Une forme de recherche nomade tendue vers la connaissance par la traversée, sans rigidifier, homologuer ou définir l'objet de la recherche pour ne pas entraver son devenir. Traverser est pour nous un acte créatif, il signifie créer un système de relations au sein de la juxtaposition chaotique des temps et des espaces qui caractérisent les Territoires Actuels. Traverser signifie composer en un unique parcours cognitif les contradictions criantes qui animent ces lieux à la recherche d'harmonies inouïes. Traverser et faire traverser, induire à la perception de l'actuel afin d'en diffuser la conscience, tout en en sauvegardant le sens contre les banalisations du langage.

              ORGANISATION FRACTALE DE L'ESPACE URBAIN       LE PARCOURS COMME PLAN COGNITIF     L'ABANDON

La tentative de définition et de contrôle de tout le territoire, depuis toujours mirage de notre culture occidentale, au moment même où elle semblait pouvoir se réaliser, commence à entrer en déliquescence. Les premières fissures se sont ouvertes dans le coeur de notre système, les grandes villes. Le bois qui autrefois enserrait villes et villages et où naissaient les loups et les ours, mais aussi les cauchemars, les fables et l'idée même de liberté, a été repoussé loin des villes, mis dans un coin, délimité et même, dans un acte de clémence, protégé. Mais voilà que ce bois réapparaît, là précisément où, dans les villes, les systèmes d'appropriation et de contrôle du territoire sont les plus vieux et délabrés. Dans l'impossibilité de tout contrôler, le ciment, dont la terre a été recouverte, éclate; la terre en émerge sous des formes nouvelles et imprévisibles et s'apprête à disputer à l'homme la domination de l'espace, à partir des rebuts humains eux-mêmes. Prévoir l'imprévisible, sauvegarder le devenir des Territoires Actuels en les abandonnant. L'abandon est la plus grande forme de soins possible de ce qui est né et s'est développé au-delà de la volonté et du projet de l'homme.

 

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                                    Stalker, conforté par les données sur les géométries complexes, estime que le rapport entre la quantité de marges et la surface est l'indice de la richesse d'un organisme, dans la mesure où l'articulation des vides, à différentes échelles, détermine la structure même d'un organisme. Les vides constituent le "fond" sur lequel lire la forme de la ville qui, autrement, apparaîtrait homogène, informe, privée de dynamiques évolutives complexes et donc de vie.     Défendre Les Territoires Actuels, en garantir le maximum de continuité et de pénétration à l'intérieur des systèmes urbanisés, enrichissant et vivifiant ainsi la ville à travers la confrontation continuelle et diffuse avec l'inconnu, de telle sorte que puissent trouver un abri jusque dans le coeur de la ville le sauvage, le non planifié et le nomade.              
                                             

"Stalker" expérimente l'agglomération urbaine comme il expérimenterait un plan cognitif qui serait actualié grâce à une pénétration continue dont le dessin maculé trouve des claires analogies avec les récentes représentations de l'âme humaine, "l'esprit humain n'est pas une unité ni une structure organisée de facon hiérarchique: mais c'est un ensemble d'aptitudes distinctes, facilement localisables dans des zones specifiques du cerveau..." (F. Jervis).

Il est intéressant de noter le fait que ces deusc images ont en commun un problème de "pattern" de localisation de réalités différentes qui vivent séparément des qualités différentes, dont les luns, les relations sont le resultat de parcours. Cucillir cette récelité suppose devoir se mesurer avec des modalités dynamiques en mouvement, mouvements capables de sectionner le dessin articulé de ce paysage en mille parcours possibles, les uns différents des autres, sans jamais passer par un centre.